Francophonie notre atout et notre avenir à moins que…

La langue française et les candidats présidents
par
Dominique Daguet

Dix candidats pour un poste ! Dix qui veulent nous persuader qu’ils ont un « vrai » programme alors que neuf d’entre eux – qui n’a aucune chance d’être dans le peloton de tête – ne nous offrent que des catalogues de mesures et mesuretttes sans que ces catalogues recouvrent l’ensemble des problèmes qui se posent à la France et dont les solutions dépendent, non de mesures, mais bien de réformes globales : susceptibles certes de garder des éléments déjà connus et de mesures nouvelles, éléments comme mesures s’insérant éventuellement dans des architectures revues et corrigées.
Je n’ai reçu, dans la messagerie virtuelle qu’abrite pour moi l’Araignée en sa Toile, qu’un seul communiqué d’homme politique qui rappelle l’importance pour notre peuple de la langue dont il s’est doté. Voici ce communiqué signé Jacques Myard :

« La langue française ciment de l’unité nationale !
La France a une chance inouïe d’avoir une unité fondée sur le projet politique du vouloir vivre ensemble qui s’exprime dans des principes forts comme la laïcité, l’égalité, la citoyenneté, l’amour de la Patrie, la langue française et le refus des communautarismes de toutes espèces !
Mais ce vouloir vivre ensemble est aujourd’hui mis à mal par de multiples dérives communautaires dont l’intégrisme religieux devient malheureusement de plus en plus prégnant et sectaire !
Il n’est cependant pas le seul danger, les revendications de certains adeptes des langues régionales pour mettre ces langues sur le même pied que la langue française dans les actes de la vie publique – au delà des légitimes aspirations culturelles – constituent un réel danger de balkanisasation politique à terme !
Il est pitoyable qu’au nom de la pêche électorale, la gauche, saoule de démagogie, joue à plein sur ce thème, ignorant les conséquence désastreuses de cette politique :
Il ne s’agit pas d’ignorer ou de mépriser les langues régionales, elles sont d’ailleurs enseignées avec le concours des fonds publics, mais exiger que ces langues deviennent des véhicules administratifs en lieu et place du français en application d’une Convention reprise par le Conseil de l’Europe de la SDN pour régler le casse tête des Balkans, c’est nourrir le communautarisme et porter directement atteinte à l’idéal républicain et à l’unité nationale !
Au moment où la France connait des problèmes d’intégration difficiles, voudrait-on démultiplier les raisons de conflits potentiels que ces apprentis sorciers ne s’y prendraient pas autrement !
Prenez garde gauchistes démagogues vous jouer avec le feu ! »

Les points abordés en ce communiqué sont importants, mais je veux en ajouter un qui est « primordial », celui de la francophonie comme de la Francophonie : celui donc du « parler » dont usent quasi 250 millions de personnes à travers le monde et celui de la coordination des pays « ayant en partage la langue française ».
Primordial ou premier ou encore essentiel… Le véritable avenir du peuple français tient dans ces mots : si le pouvoir reçu par le futur président ne s’exerce pas d’abord sur ce qui est essentiel, il faut alors cesser d’élire des présidents. Qu’il faille « tout faire » pour que disparaissent les déficits, que soient reconquis les marchés perdus, que soient créés suffisamment d’emplois et qu’ainsi soit redonné l’espoir à la multitude de nos chômeurs, que soient repensés en dehors de toute idéologie – vice prépondérant chez nos chers compatriotes quant ils sont investis d’un pouvoir ! – des programmes d’enseignement qui ne correspondent pas à l’efficacité que les pères et mères de ce pays souhaitent ardemment pour leurs enfants, qui pourraient soutenir le contraire ?
Mais tout cela passe par la langue ! Et non par les langues étrangères « d’abord » comme certains croient pouvoir l’affirmer en nous voulant, à marche forcée – soit dès la maternelle –, dans une première phase bilingues pour n’être plus qu’ensuite anglophonisés !
L’architecte ne construit pas en suivant deux plans antagonistes : la langue française et la langue anglaise tiennent des positions opposées, et l’on ne devrait apprendre la seconde (sans que ce soit au détriment d’autres langues tout aussi capitales sur les plans des connaissances et de la culture) que lorsque les bases de la première seraient ancrées dans l’esprit des enfants, c’est-à-dire pas avant la fin du primaire. On le sait, un élève bien formé en ses premières années d’école – sachant donc vraiment parler, lire et écrire, compter, raisonner et ordonner ses pensées, possédant le sens de la Chronologie historique et des situations géographiques – cet élève saura acquérir plus rapidement les connaissances susceptibles de « remplir » ces « contenants » acquis. Impossible de s’exprimer clairement si la langue est mal possédée ; impossible de se former une conscience historique si déjà l’on mélange les périodes et fait cohabiter les Romains avec Jacques Brel comme cela s’est vu dans une copie du baccalauréat ; impossible de s’orienter dans la vastitude des cultures du monde si l’on n’en reçoit que des bribes disparates ; impossible de se reconnaître du peuple français authentique si l’on n’a de ses racines que des visions parcellaires d’où seraient bannies, au nom d’une laïcité idolâtrée, les apports chrétiens, originels, ainsi rendus quasi invisibles par rapports à ceux des Lumières et de l’athéisme, non soumis à cette censure, si souvent ridicule.

ETC..

Mais l’on comprend parfaitement qu’il faut avant tout autre matière d’enseignement privilégier l’outil qui permet seul l’acquisition durable des connaissances, c’est-à-dire la langue de ce peuple de France, le français info.
Former des mathématiciens est une entreprise d’avance piégée, au détriment de l’étudiant naturellement, si d’abord l’on a mal commencé à lui apprendre sa langue. Il en va de même pour les scientifiques : je suis souvent consterné lorsque j’entends des spécialistes s’exprimer sur les ondes ou les écrans. Et dire qu’ils rendent compte aujourd’hui de leurs travaux en anglais – qu’ils massacrent le plus souvent avec un aplomb confondant –, ce qui d’ailleurs devrait être interdit avant qu’ils ne soient exposés en détails dans la langue de notre Constitution. Traduire après ! (Ce qui me fait souvenir du désastre waterloonien qu’a constitué la capitulation français au sujet des brevets !)
Tenter de cultiver une plante en la privant dès le départ d’une part de l’eau dont elle a besoin, c’est d’avance condamner l’enfant puis l’étudiant à patauger lamentablement.

ETC..

Mais le pire n’est pas dit et concerne la francophonie et l’institution francophone. Là pourtant est notre vraie frontière ! L’atout majeur, comme celui d’ailleurs de tous les pays concernés par la langue commune ! L’obstacle à la centralisation planétaire sous la bannière des États-Unis, qui n’ont rien perdu de leurs ambitions mondialisantes de domination ! La barrière mise aux activités centripètes des « couloirs » anglo-saxons, ennemis de la diversité culturelle !
Le pire est donc encouru vu l’indifférence des politiques en ce qui concerne l’avenir de la langue française, langue qu’en recevant le pouvoir des mains des électeurs ils s’engagent implicitement mais fermement à défendre comme à en favoriser la promotion. Lorsqu’ils la laissent s’ensabler dans les caniveaux du « franglais » ils la trahissent et par là trahissent leurs électeurs.
L’avenir des peuples n’est pas dans l’uniformisation culturelle pourtant souhaitée par les pédégés des multinationales, il est dans une saine émulation entre les diverses zones culturelles, entre les diverses civilisations dont il serait certes criminel de favoriser l’extinction : favoriser encore, par laisser-aller, ignorance, stupidité ou complicité, la mise au rancart de ce qu’il est possible de nommer la « civilisation française », portée par la langue de même adjectif, c’est ni plus ni moins que favoriser le déclin de la France, c’est en quelque sorte rejeter le devoir incontestable dont tout politique reçoit la charge, qu’il soit de droite ou de gauche, celle de servir l’héritage des générations passées afin de le transmettre, amélioré si possible mais en aucun cas diminué.
Ce devoir s’étend à toute la zone linguistique francophone, service qui ne peut souffrir la moindre hésitation : rien de plus, rien de moins que concourir – à la mesure des moyens de la France naturellement – à la coordination de tous les efforts culturels et économiques entre les différents pays concernés par cette « francophonie ».
Les synergies, qui devraient se renforcer année après année si chacun prenait conscience des possibilités qu’ouvre le partage d’une langue commune, seraient un puissant stimulant économique et civilisationnel : n’avoir d’yeux que tournés vers l’Europe en délaissant ces profonds motifs d’espoir nés du rassemblement de 250 millions de locuteurs c’est oublier qu’une langue est porteuse, non seulement d’intérêts culturels très forts, mais aussi d’un dynamisme économique et politique dont les États-uniens ont démontré, depuis la fin de la dernière guerre mondiale, l’efficacité. Et ce dynamisme naturellement ne peut que se répandre sur l’ensemble de la zone concernée, dont la vocation ne peut être autre que le développement de tous les pays qui la constituent. Notamment parce que l’obstacle que représente une langue étrangère qui se veut dominante est levé dans le moment même où la coopération de chaque pays concerné par la francophonie avec tous les autres prend de l’ampleur.
Le pire aujourd’hui semble avoir le vent en poupe : le nombre de Français qui succombent à la fascination du monde yanqui ne fait que croître. Il s’agit essentiellement de cette frange que désigne curieusement le sobriquet de « bobo » : il convient d’agir pour que ce ne soit pas ces fossoyeurs qui l’emportent mais au contraire ceux qui savent à quel point ceux qui travaillent à la disparition d’un peuple sont, parmi les criminels, les pires.
Dominique Daguet

La légende de la langue française,par Benoît CLAIR

Deux mille mots italiens impatronisés en France nous apprit le Maurice Grevisse, du temps de Du Bellay. L’influence italienne. L’influence des États-Unis aujourd’hui. Demain quelle mode bercera ce peuple stable et sédentaire, généreusement voyageur ? La langue cancérigénée ? Les taches grises de langue franglaise à longueur de lecture et la trame des écrans électroniques en anglais. La langue de Louis XVI subit un enfoncement. Tangage, roulis, sa loi ? Je voudrais que fût écrit un opuscule, glose analogique de « Défense et Illustration de la langue française », intitulé « Le français offensé ». De même que le poète, humaniste de la Renaissance, les sonnets de lui, les essais de Montaigne basés sur la lecture des anciens d’Occident, énonce en son traité le principe d’imitation, nous y parlerions du principe d’imagination. Contradiction libre immatérielle, l’imagination n’est-elle pas une faculté de l’âme au milieu des lois du monde et collectives ? Ajouter à la vérité son reflet, la liberté dont la vertu est la diversité. Baudelaire et Pascal nous suspendent sur le fil de trapéziste du libre parler, des songes et de la Vierge — l’araignée artiste dessine ses dentelles suspendues ornées de rosée sanglante — entre « la folle du logis » (de la logique) — le feu dans l’âtre de la maison de raison, rime analogue — et « la reine des facultés », entre l’imagination galopante qui controuve mais conjecture, contrariée, excitée tout de même par l’étude des faits, et l’imagination en art et en vie. Baudelaire, contrairement à Quatremère de Quincy, prône non plus l’imitation mais la liberté réelle de l’imagination, de l’imaginaire. Pour nous le réel tel qu’il est est l’imaginaire. C’est l’imaginaire de Dieu. Dieu, nom donné à l’Être. Dans le monde inéluctable du réalisme – n’objecte pas à la matière des mots qui ne sont que ce qu’ils sont mais aime, si possible, leur âme, lecteur — des phénomènes, lois, l’imagination met en apparence la réaction contradictoire immatérielle. En cet opuscule rêvé — v° ci-avant — à la place de Démosthène nous ajouterions Charles de Gaulle, à la place de Virgile, Hugo, à la place d’Homère Baudelaire et Rabelais (contemporain de Du Bellay), à la place de Cicéron, les Poincaré, Henri, Raymond et Lucien. Ainsi sentirions-nous Du Bellay accompli et que ce temps d’accomplissement perturbé certes, est derrière nous – en nos musées (les cimaises de la page blanche) dénommés intentionnellement centres culturels, les œuvres majeures des Temps modernes –, nous nous rendrions compte que l’anagramme Attali : Attila est concomitant, comme par hasard, le hasard étant le masque d’artiste du Provident, au vomitoire mondial, que pour la deuxième fois la forme de Rome s’effondre, le Second Empire ne se résolvant pas aux vingt ans de Napoléon III (la Méditerranée mondiale). Nous suggérerions en outre par cet opuscule deviné qu’ajouter à « France mère des arts des armes et des lois » « et du commerce » marquerait une sensibilité sociologiquement différente et qu’au droit de la langue française nationale chez elle s’ajouterait la sensation de son histoire en art linguistique contre les immixtions apatrides putréfiantes.

D’Etoiles d’ombre à L’Envahi, Dominique Daguet, une seule traîne — un thrêne en sourdine — de lumière intérieure irréelle, immatérielle déjà par pressentiment, Dominique Daguet, phénix sous les cendres de l’édition de son Œuvre, L’Envahi – à quand L’Évadé, titre initial m’avoua de confidence l’écrivain éditeur –, Dominique Daguet, une antenne internationale, aimant — le don d’aimer, le don d’aimanter outre son ego d’artiste du verbe, encyclopédique explorateur de l’imaginaire en ses Cahiers Bleus, couleur du futur — qui en recueillera l’ensemble[1] ? –, il faiblit le bleu des matins, il a parfois de blancs cheveux, Dominique Daguet, voyageur de l’imaginaire, voyant de l’âme, nostalgique de l’ailleurs merveilleux surréel, habitant, exilé ici, du Domaine dont parle Guillevic et Le Grand Meaulnes, son œuvre dût issir du silence mauvais où « l’intelligence » massive, matérielle, retardée, l’étouffe. L’oubli à la fin mouille même les meilleures mèches — étoiles de l’ombre bleue des impressions immatérielles ? — lesquelles en l’occurrence ne peuvent qu’allumer de bonnes bombes (la mèche d’amadou grésille, étincelle tel un grésil et se rapproche du tonneau de poudre, attention !). La poétique d’Étoiles d’ombre est déjà immatérielle, prémonitoirement. Au débouché du surréel — qu’il spiritualise par anti-athéisme prouvé — à l’ombre duquel près de Jean Paulhan sensible à l’instar de Roger Caillois au mot « mystère », il vécut. Étoiles d’ombre : une direction au revers de l’aventure évolutive est signalée. Les buissonniers de l’Ambigu savoureront ce fruit à retardement, qui éclatera comme une grenade aux perles de sang en L’Envahi dont les brumes hypnotiques laissent percer l’éclat d’un style clair en cristal de neige. Bruine, clavecin, raffinement.

La Physique amusante, Jacques Réda, Gallimard. Le livre de poèmes en vers que voilà a renoué en une innocence première charmante avec la poésie didactique. La chance du chanteur est d’aimanter les mots, les rimes, telle limaille autour de la pierre appelée magnétique au début de l’exorde socratique recueilli au micro de sa mémoire géniale par Platon, le génie remémoratif de Platon, poète par ailleurs d’épigrammes amoureuses, ce en le dialogue Ion (Platon reflet de Socrate). Les mots sous la plume de Jacques Réda, bons animaux sous la houlette du berger, s’assemblèrent. Le cristal de la réflexion aiguisa l’inspiration du poète. Sous les sons, les rimes, le sens. Le sujet n’a pas rebuté — exposer les pensées scientifiques les plus récentes — l’écrivain dont le talent pour le « vers ancien », neuf sous son style, brille grâce à une providence poétique qui donne quelques gages de communication à la science hermétique pour le commun des immortels. Joie de jouer avec les vers, entière et stupéfiante. La poésie en son contraire. Dieu a bien visé. Communion à la cérémonie de l’univers. La lumière lyrique ajoute sa nuance aux coloris de la conscience. Prestidigitateur, Jacques Réda, en cette fable métaphysique chipe au savant ses mots ardus pour en faire des braises ardentes comme des yeux voyants. Inattendu.

Le Big-Bang, bon pour King-Kong. Dieu est l’Autre, l’Altérité éternelle, que la charité incarne. En conséquence avant la dite première explosion il y avait nécessairement quelque chose d’autre et avant cela même, etc. ad indefinitum : cercle-sphère : autre. Encor… L’Être est l’Être, l’Autre : cercle. Le cercle, la goutte de pluie en forme des ondes qui ébranle le miroir d’une flaque d’eau, est une droite infinie ou deux parallèles qui se rejoignent à l’infini. Ici. Le cercle de l’O du mot « origine », en français, langue analogue, fleur des langues. L’Autre entre l’homme et la femme est l’origine, omniprésent(e) et non malavoi3.martinique.univ-ag.fr. Oui ! Aujourd’hui est une origine. L’huis du temps s’ouvre. Aujourd’hui hier autre déjà, est le point algébrique zéro de calcul du temps. La vision apparente non immatérielle, non analogique de Dieu de Hawking est primaire. Nous nous devons chacun à un progrès parallèle.

Henry Galy-Carles. Qui connaît de ce critique d’art émérite et historien d’art son ultime poème « Le cri de la méduse » ? Est-ce la Gorgone, est-ce la Méduse naufragée de Géricault dont l’écho analogue est Pierre Jean Jouve, radeau aux débris emportés par les vagues verdâtres fatales de l’eau d’amertume, tableau à plusieurs sens, fin de la Renaissance, du Néoclassicisme, du Baroque, début du Romantisme, prévision du naufrage de la liberté sexuelle ? De ce livre de brefs poèmes en colonnes d’ADN, vers de dix unités métriques, textes nerveux tels des coups de fouet de laniste latin, jaillit le sentiment que c’est une fleur semeuse de lumière noire, fleur de l’œuvre du poète, dont la tige est ramifiée, fleur comme celle turgescente du cactus, fleur génitrice d’une conscience-dans-le-mal écumeuse noire, grumeleuse de sang, le ciment des vers, fleur adventice de Voyage aux Enfers, recueil résumant l’homme et l’écrivain né en 1922. Allez vers l’œuvre, c’est un œuvrier. Qui veut s’y aventurer ?

Des Hommes et des Dieux, film de Xavier Beauvois. Un hémistiche de Jacques Grévin, poète du XVIe siècle français, ce titre ? Le cinéaste le sut-il ? Dieu souffre. L’Homme, la Puissance du Monde le détourne de soi pour l’auto-assassiner et le rendre plus méchant que le Diable lui-même à cause de sa nature divine inversée, le Diable, le possesseur du monde. Il inverse une forme divine vive qu’il réduit à l’état de force folle. Le silence martyr des marabouts chrétiens. Au moment de l’éclosion du F.I.S., les étoiles — les saints scintillent, Ô langue française, analogue — tombent durant la fin du mal (il s’infinise : il va tomber dans un corps d’homme). Les saints scintillent avec du sang, du Sang, éclairs de chaleur, de charité, de douleur, ils sont entrés dans les mots, les sept moines, le chiffre sept, les étoiles du Chariot nocturne du Fils de l’homme. La polaire : Charles de Foucauld. Très bon film, Christian de Chergé, au long cou, il est signe comme de lampe à huile enchaînée au candélabre, du clergé réel — rime, Dieu aime les mots — français, et Christophe, tels Dubé et Mérak, étoiles de la Grande Ourse, qui mènent à la Polaire. La semence du sang ? Comme de grêle au sol ? Le film, du Philippe de Champaigne. Surtout la série de portraits entre humour et drame lors de la citation sonore du Lac des Cygnes de Tchaïkowsky et les deux bouteilles (le sang des mots ?)… Le hasard du regard, de la caméra, de l’art, du sort : 7, autre. Bon film, très. Noué. À l’égal de nos cœurs. La pudeur sur la violence la rend vraie en imaginaire. On sait. La déchirure immatérialise. Le cinéma est l’art de l’ombre, de l’humour et de la lumière du drame et de l’ombre du drame et de la lumière de l’humour.

Paru, chaland, le tome II des O.C. de Pierre Reverdy. Sur-Réaliste.

Lues, les Fables… de Marie de France. Du lointain médiéval remonte une bouffée de fraîcheur féminine en vers vivants primesautiers. Le lait de l’amour du poète des lais, chansons, ces fables ésopiques, isopets (le contraire de l’épopée des Gestes), mot latin, vagues avant-courrières de la grande vague crêtée de joie des fables de Jean de la Fontaine, poète castelthéodoricien (que d’étoiles naines !). Un passage de l’art égyptologique antique avec des animaux parlant ! La gaieté familière des poèmes que voilà lus, en laquelle le secret des poésies est enclos, fables que La Fontaine, d’une perfection raphaëlienne ajoutant la couleur (Sévigné, critique analogue : « La Fontaine, c’est peint », eût pu écrire : « Ésope, c’est sculpté ») moderne aux bas-reliefs d’Ésope antiques, inscrivit en la mémoire commune, résonne en nous, que sut préserver la traductrice, comme une main diligente une bougie vacillante, en des rimes correspondantes, qui actualisent sans l’évaporer l’essence si lointaine de ces chants chaudement proches riverains d’hier et d’ aujourd’hui.

FIN


Benoît CLAIR a publié dans la revue Cahiers Bleus de même qu’un recueil de poèmes, Les Sept Clefs du Silence, toujours disponible (31, rue A. Cottet, 10000 Troyes.


[1] – Du fait de la cessation d’activité des éditions Zurfluh à qui les Cahiers Bleus avaient été « confiés », et seulement, en attendant davantage si tout se passait bien, Dominique Daguet a repris l’ensemble du fonds déposé afin de le faire revivre sur l’Araignée.

Ras le bol des vautours qui tournent autour de notre langue ! Nos soi-disant « élites » sont gangrenées par des charognards !

La grande mode chez nos « têtes pensantes » – qui se nomment entre elles en anglais bien entendu, « of course », d’une expression que je me refuse à utiliser car je préfère « tête pensante » – la grande mode donc est de préparer « l’après français »…  Monsieur Mink, couvert d’un or qui pue le plomb et bien pire encore, en rêve toutes les nuits. Voici  l’article fort d’Albert Salon, qui propose la vigueur de l’action. Il faut inventer une véritable « guérilla » – non violente – afin d’agir au plus vite. DD

Tout se passe comme si

nos élites voulaient tuer le français

et abandonner la France.

Nous savions depuis les déclarations de plusieurs ministres et les actions de responsables de grandes écoles, tel celui de Sciences-Po M. Richard Descoings, dont certains ont reçu ces dernières années le prix de l’Académie de la carpette anglaise, les partisans tels Minc, F. Martel (« mainstream ») du développement rapide des enseignements universitaires en anglais allaient renforcer l’offensive dans ce domaine vital et stratégique.

Des universités françaises en anglais, c’est la fin de la Francophonie organisée et, à terme, du français et de la France. Est-ce cela que nos élites veulent ?

Dans un article du Figaro du 7 octobre 2010, signé de Mme Pech, il apparaît clairement que cette offensive est relancée avec de gros moyens et appuis.

M. Pierre Tapie, président de la Conférence des grandes écoles, et des universitaires fort influents et actifs, voire forcenés, veulent écarter l’obstacle que constitue encore notre loi Toubon du 4 août 1994 sur leur voie de l’enseignement en anglais dans notre enseignement supérieur.

Cette loi, dont Avenir de la langue française avait largement contribué à rédiger l’esquisse en 1992 et 1993, dispose notamment que, sauf dérogations dans des cas précisés,  « le français est la langue de l’enseignement, des examens et des concours ».

Ne développons pas ici une paranoïa du complot, dénonçant l’empire anglo-saxon, nos « amis états-uniens » et la CIA, leur courroie de transmission dans la Bruxelles de l’UE, voire le Groupe de Bilderberg et la Trilatérale même si ces officines existent bel et bien avec nombre de membres français de haut niveau.

Mais :

Tout se passe comme si la France était punie par une offensive de grande envergure contre sa langue, sa culture, ses intérêts politiques et économiques, et tout son être qui en fait un obstacle encore important, au sein même du prétendu « Occident », à l’instauration d’un nouvel ordre mondial.

Tout se passe comme si nos ennemis extérieurs et intérieurs avaient jugé qu’ils avaient ces années-ci une « fenêtre de tir », des conditions très favorables, pour attaquer lourdement, massivement, en particulier dans les domaines de la langue, de la culture et de la Francophonie, et achever une « conquête des esprits » commencée et poursuivie avec opiniâtreté et de grands moyens depuis la deuxième guerre mondiale et le plan Marshall.

Tout se passe comme si nos ennemis tentaient en 2010-2012 d’accroître encore leur offensive, de s’assurer au plus vite de la vassalisation de notre Nation, pour la tenir encore plus sous leur coupe comme d’autres pays en Europe et ailleurs, pendant qu’ils disposent encore d’une supériorité économique, militaire et de réseaux dont ils sentent qu’elle pourrait bien leur échapper dans un avenir proche au profit d’un autre empire.

Tout se passe aussi comme si une consigne venait d’être donnée d’envoyer quelques signaux rassurants, quelques leurres, des gestes apparents, en faveur de la Nation, du français, de la Francophonie, pour détourner l’attention de l’intensification du travail de sape.

Tout se passe donc comme si cette fièvre traduisait aussi leur sentiment de l’urgence croissante du fait qu’en France même un certain réveil de la résistance, voire des grondements inquiétants, risquaient en définitive de faire échouer leur œuvre d’asservissement.

Puisse leur crainte être justifiée ! Cette affaire est de la plus haute importance politique, bien au-delà de la « gauche » et de la « droite » !

Il incombe à chacun d’entre nous de le prouver. Par exemple en écrivant votre volonté de vivre libres au Figaro, aux grands medias, à l’Elysée, mais pas seulement…

Haut les cœurs  http://kodu.ut.ee/~roma1956/images/phocagallery2/gallery/generic-cialis.html!

Albert Salon
Ambassadeur de France
Fondateur et Président d’Avenir de la Langue française


De : gastaud georges
Envoyé : lundi 18 octobre 2010 10:31
À : ‘Denis GRIESMAR’; ‘Secrétaire général du COURRIEL’
Cc : ‘Salon Salon’; afrav@aliceadsl.fr; ‘FAVRE D’ECHALLENS Marc’; ‘Bureau national COURRIEL’; ‘Raymond BESSON’; ‘Marceau Déchamps’; ‘Philippe Loubière’; ‘Thierry Priestley’; afrav@aliceadsl.fr
Objet : RE: Il nous faut résister à tout prix !

L’idée d’une manif rapide devant ce restaurant de la honte est excellente et plus immédiatement réalisable que l’expédition à Reims, qui nécessite une lourde préparation logistique (mais ce serait nécessaire aussi). En outre, je rappelle que le Rêve de D’Alembert, principale œuvre philosophique de Diderot, fut publié à titre posthume en 1830, ce qui peut nous donner une raison supplémentaire de manifester (140 ans). Ce serait utile pour déclarer la chose à la préfecture car il n’est pas évident qu’ils nous laisseraient faire notre truc devant le restau de la honte. Mais la banderole principale, si banderole il y a, pourrait être « non au tout-anglais, renforçons la loi Toubon, vive la langue française! ».  Naturellement, il pourrait y avoir d’autres banderoles, avec des prises de parole. Tout cela est pensable dans un cadre unitaire clairement républicain.

G.G.

De : Denis GRIESMAR
Envoyé : dimanche 17 octobre 2010 20:48
À : Secrétaire général du COURRIEL
Cc : Salon Salon; afrav@aliceadsl.fr Ravat; FAVRE D’ECHALLENS Marc; Bureau national COURRIEL; Raymond BESSON; Marceau Déchamps; Philippe Loubière; Thierry Priestley
Objet :Il nous faut résister à tout prix !

Tout à fait d’accord. J’ai deux remarques :

1) Il s’agit de montrer que, de fil en aiguille, la langue française sera inévitablement exclue à terme, totalement, de certaines matières enseignées, d’abord pointues, puis de plus en plus généralistes. Car on nous dira qu’il n’est plus rentable d’enseigner en français, car les cours dans cette langue seraient susceptibles (d’après les Descoings & Co.) d’attirer un nombre insuffisant d’étudiants. Ensuite, l’édition en français dans ces matières disparaîtra. Et d’ailleurs, avant cela, les professeurs recrutés devront être anglophones de naissance …

Mais il faut bien préciser qu’il ne s’agit pas d’une position de fermeture (facile à caricaturer comme à la fois passéiste et xénophobe) ; que des cours en anglais (et aussi dans d’autres langues ! ) doivent rester possibles dans certains cas bien définis, mais que la règle, dans l’enseignement public en tous cas, doit être d’enseigner en français.

Peut-être serait-il utile d’entreprendre cette action en liaison avec des universitaires d’autres langues ; de demander leur avis à nos amis du VDS et à Anna-Maria Campogrande.

2) Parmi les actions concrètes à entreprendre, pourquoi pas une contre le n° 39 de la rue de Richelieu (en face de la Fontaine Molière !) : il s’agit d’un restaurant, « Hand », aux inscriptions exclusivement anglaises sur fond rouge tapageur, qui s’est installé au rez-de-chaussée de la maison de Diderot ( ! ) Le tout à deux pas du Palais-Royal, du Louvre et du ministère de la Culture, et qui m’agresse particulièrement à chaque fois que je passe devant, a, me semble-t-il, une valeur symbolique forte.

Maison de L’Outil et de la Pensée ouvrière

Transmettre
24 octobre – Assisté, ce jour, au colloque sur la Transmission organisé par la Maison de l’Outil et de la Pensée ouvrière (Troyes ), qui abrite depuis un an l’Institut de la Transmission.
Que représente la Maison de l’Outil ? Je ne puis en ce journal relire toutes les pages de sa fondation par un jésuite visionnaire, Paul Feller, qui ne put de son vi-vant se satisfaire de l’échec global de la formation des jeunes Français depuis des décennies. Aux Cahiers Bleus, je fis le peu que je pouvais pour commencer à publier certains des textes qu’il écrivit pour d’abord expliquer le processus de cette dégradation qui nous touche encore plus vivement aujourd’hui, au fur et à mesure que ce prolonge le refus de comprendre ce qu’il a expliqué et à quoi il avait commencé d’apporter une solution. Ce fut d’abord toute une série d’articles sur la place que devrait tenir dans nos enseignements un « apprentissage » des métiers manuels revu et corrigé afin qu’il ne soit plus un parent pauvre et désâmé de la formation des jeunes, mais au contraire une vision redynamisée de l’enseignement afin que ceux qui choisissent la voie de ces métiers ne soient pas privés de culture générale, et que ceux qui s’orientent vers des disciplines intellectuelles ne soient pas coupé de la culture primordiale des métiers : de ces métiers qui faisaient autrefois des « hommes complets » alors que l’impérialisme universitaire les a trop souvent décérébrés. J’exprime cela très différemment de Paul Fel-ler, qui analysa ce phénomène initié par les « réformes » de Napoléon Iier, où l’on vit apparaître le recrutement des meilleurs du « peuple » pour les faire entrer chez les « di-rigeants », privant ainsi ce peuple de ses élites naturelles.
Le drame en réalité fut cette sorte de pensée ou-trecuidante qui réduisait le « manuel » à n’être qu’une sorte d’homme à l’intelligence réduite par rapport à ceux qui, possédant des diplômes universitaires, étaient répu-tés capables de « diriger » le pays. La collection d’outils à main réunis par Feller est une réponse admirable à cette prétention : que d’intelligence déployée au cours des siè-cles pour « penser » l’outil à main, adapter sa forme pour parvenir à obtenir le résultat exactement souhaité ! Un exemple souvent donné : la collaboration entre les ou-vriers du bois et les ouvriers du fer. Les premiers « sa-vaient » quelle courbure il fallait donner à la hache tandis que les seconds « savaient » comment obtenir cette cour-bure.
L’intention de Feller était, en plaidant pour l’introduction dans les études secondaires de quelques heures d’un apprentissage manuel sérieux et dans le cours de l’apprentissage d’un métier manuel d’insérer les heures nécessaires à l’acquisition d’une réelle culture gé-nérale, de réconcilier les uns et les autres : de faire aper-cevoir aux premiers toute la richesse humaine que permet de toucher du doigt, si j’ose dire, la confrontation du jeune, fille ou garçon, avec la matière dont la résis-tance offre à l’esprit un objet de méditation sur ce qu’est le réel, d’où une capacité nouvelle de découverte et d’applications ; aux seconds, que le monde du métier manuel s’enrichit spirituellement en pénétrant celui de l’intuition poétique, de la réflexion philosophique, de la recherche scientifique… Ne plus dissocier la main et les neurones. Ne plus prendre l’outil à main pour le simple prolongement du bras, ni la main pour le simple outil de l’esprit. Existe une intelligence de la main, qui m’a fait écrire un jour ce poème :
Je regarde ma main qui telle
une aile
vaque, balance de gauche à droite,
active, adroite,
vive, nerveuse,
heureuse,
incertaine quoique sûre d’elle :
dans ses élans sur la feuille,
comment sait-elle
qu’elle écrit ou dessine, recueille
la forme des mots qui gîtent en moi,
disant un quelque chose d’inconnu,
qui ne saurait demeurer perdu,
un subtil je ne sais quoi
de l’ordre du savoir ou de la foi
ou du corps ou de l’âme
ou d’une éternelle flamme
obscure au profond de l’être,
au sein même du labyrinthe où je m’empêtre,
et que de ses doigts elle cherche et sent et trouve,
tel un fouineur de truffes d’autrefois,
plus profond en sa tanière,
que ne se tient le lièvre ?

Des mots qui lancent loin l’esprit,
soulèvent l’âme éprise d’infini,
la portent au rire aussi bien qu’aux larmes,
la dévorent et la créent dans leur feu,
la jettent dans le trouble d’un corps avide
dont hardiment elle éprouve les sens
à n’importe quel prix pour aussitôt les fuir.

Ma main… mes mains http://pong.uwstout.edu/wp-content/uploads/2010/13/canadian-pharmacy-levitra.html!
Je les regarde, mes deux folles
guettant l’indécise qui vient,
une parole énonçant la Parole,
comme devinant ce qu’elles dérobent
quoique encore à enrober de notes,
et traçant à l’avance
– selon leur fougue ou leur paresse, leur danse –
le désarroi d’une épouvante,
le désordre qui désoriente
la douleur qui obsède,
ou alors une vérité qui se révèle
au point d’éblouir l’esprit
ou
la sombre lumineuse joie dont il vit.

Quel lien les rattache à la pensée
pour une seconde encore informulée ?
Quel éclair les traverse
quand l’orage me cherche ?
Si je les attachais derrière moi
ne serais-je pas soudain muet d’effroi,
incapable d’exprimer comme de faire
et réduit dès lors à me taire ?

Car leur mouvement, tout intuitif,
me porte à une juste délivrance,
lui dont s’accompagne mes hésitantes naissances.
Gérard Pierré écrit dans son livre Homme de mé-tier : comment on devient Homme, outils en mains : « Paul Feller tente de réunir deux mondes dissociés. Il commence sa recherche, en 1953-1955, par un constat : on ne propose rien de sérieux aux apprentis en matière de culture générale, dans le système de formation de l’époque. Donc, le « dialogue social » (pour lui la capacité de se comprendre entre manuels et non manuels) en sera compromis au moment où ils seront adultes. Tout son effort sera donc de recréer les conditions d’une forma-tion de l’homme tout entier. Cette voie peut paraître utopique, à première vue. Il est vrai qu’elle pèse peu, au moins en appa-rence, en face d’un système éducatif qui pratique une diffusion sélective des savoirs. Mais elle s’appuie sur la force et la qualité des Compagnons qui maintiennent un style de formation com-plet ; elle s’appuiera, pour Paul Feller, sur l’instrument de recherche que constitue la Maison de l’Outil et de la Pensée ouvrière. ».
Les Compagnons du Devoir portent cette « mis-sion », notamment de transmission, que leur a confiée Feller avec une constance et une détermination digne d’éloge : eux qui mettent en œuvre les principes déve-loppés par celui qui fut pour eux comme une sorte de mentor dans les formations qu’ils dispensent actuellement à près de quatre mille jeunes. Les résultats obtenus sont remarquables et l’on ne peut comprendre qu’ils ne soient pas observés à la loupe par nos politiques alors qu’ils sont tout de même depuis deux siècles responsables en grande partie de l’état d’échec qu’il faut bien accepter de constater avant de songer à quelque réforme que ce soit.
De transmission… Comme un flambeau vivant que l’on se passe de main en main : en tâchant de faire en sorte qu’à chaque « passage » on ait pu enrichir la flamme de quelque nouvelle connaissance, ou intuition, ou même de quelque nouvelle puissance…

Défendre l’intégrité des oeuvres de l’esprit

A propos du droit moral d’un auteur

(Lettre écrite je ne sais plus à quelle dame ayant protesté contre une oeuvre d’Eschyle qu’elle avait estimée trahit par le metteur en scène Monsieur Olivier Py)

Madame,

Votre article sur la trilogie d’Eschyle, dont je partage pleinement l’indignation, pourrait être complété par une obligation en matière de droit intellectuel que l’on a, semble-t-il, totalement oubliée ou laissée de côté, alors qu’elle n’a jamais été abrogée pour la raison simple qu’on ne le peut pas : le droit moral sur une œuvre ne s’éteint jamais. Qu’est-ce que ce droit moral ? Un auteur ne saurait voir son œuvre modifiée par un autre : pas plus matériellement qu’intellectuellement et spirituellement. Son texte ou son tableau doit être respecté à la lettre près comme à la nuance près. Les maisons d’édition qui publient l’œuvre complète de tel ou tel auteur ancien veille scrupuleusement – en général – à établir précisément l’exactitude de chaque phrase de l’ouvrage. Quand on a restauré le « Jugement dernier » de Michel Ange au Vatican, les spécialistes de la restauration ont recherché les tonalités exactes des couleurs employées par le créateur de cette œuvre, au point que tout le monde a été surpris du résultat, inattendu mais des plus intéressants. Quand un faussaire livre sur le marché des tableaux signés du nom d’un artiste célèbre – mais le mal serait aussi manifeste s’il s’agissait d’un artiste méconnu – on le trouve répréhensible le plus souvent parce qu’on lui reproche un préjudice financier alors que le préjudice est avant tout moral. Pourquoi ? Parce qu’on ne retrouvera pas dans ce tableau, entre autres éléments, la direction privilégié de son coup de pinceau, qui est l’une des composantes essentielles de sa manière. ET le faussaire ne pourra que falsifier également ce qui est l’esprit même du peintre.

L’Etat français devrait – ce qu’il se garde bien en général de considérer – se savoir obligé de courir au secours des auteurs français mis à mal par l’un ou l’autre de nos contemporains, notamment en des lieux qui relèvent de son autorité – ainsi le Théâtre de l’Odéon –, alors qu’aucun ayant droit ne saurait aujourd’hui faire respecter l’intégrité de l’œuvre de son ancêtre pour la raison simple que cet ayant-droit n’existe plus. Ce « devoir » respecté conduirait naturellement cet Etat à intenter une action en faveur de cette œuvre qu’une interprétation imbécile, aventurée et/ou scandaleuse déformerait ou même trahirait.

Dans le cas d’Eschyle que vous nous présentez, notre Ministre de la Culture se devait d’avertir le metteur en scène, Monsieur Olivier Py – rétribué par notre Etat, c’est-à-dire par nous, et nous faisant ainsi endosser une atteinte à l’œuvre d’Eschyle, ce qui n’est pas rien, se servant indûment de cette œuvre-là pour s’exprimer lui ! Il outrepasse son droit personnel en usant d’une œuvre dont il n’est pas l’auteur, pour dire quelle est « sa » vision du monde, de l’homme etc. : il avait parfaite licence de décrire son monde à lui, vaste ou non, intéressant ou non, en rédigeant un texte personnel qu’il aurait signé et qui aurait alors bénéficié du même droit moral dont j’ai parlé homepage.westmont.edu. Il est vrai que, n’ayant pas la réputation d’Eschyle, son œuvre aurait risqué de sombrer dans l’indifférence…

De plus, et ce n’est pas à négliger, ce même ministre se devait d’avertir son alter ego grec que l’on avait, ici en France, osé mettre à sac une œuvre appartenant au patrimoine grec avant d’appartenir au patrimoine universel : il serait revenu à cet alter ego l’obligation de prendre les mesures appropriées, notamment judiciaires, qui se seraient traduites d’abord par l’expression de l’indignation éprouvée par le ministre et l’ensemble des amoureux de l’œuvre, ensuite, plus prosaïquement et in fine, par des amendes réclamées à l’Etat français, autorité qui cautionne le metteur en scène. L’Etat français serait alors fondé à se retourner vers le vrai coupable.

Si notre Ministre ne fait rien, une association à caractère culturel et à dimension nationale devrait être autorisée à prendre le relais comme on voit, à propos du français, des associations – Avenir de la langue française par exemple, Défense de la langue française et Droit de choisir – attaquer en justice les malfaiteurs qui la traînent dans la boue ou la détruisent. J’éprouve, quant à moi, une surprise indignée que ce genre de possibilité n’ait pas encore été dévolue à un organisme, officiel ou non, en vue de défendre cet intérêt moral auquel, personnellement et en tant qu’écrivain, je tiens plus qu’à tout.

Bien entendu et naturellement, appuyé par un grand nombre d’amis personnels et politiques qui rempliraient notre petit monde d’un vacarme d’autant plus effrayant qu’il ne serait pas fondé en droit, Monsieur Olivier Py protesterait si on en venait enfin à lui opposer ce droit moral, l’un des fondements le plus nécessaire du droit d’auteur, prétextant alors qu’on lui dénierait « son droit personnel à s’exprimer librement » : il pourrait en effet l’alléguer dans la mesure où se droit s’exercerait dans une sphère strictement privée, sans aucune aide de l’Etat, c’est-à-dire un livre, une réunion entre amis etc.. Un théâtre privé ? Il relèverait lui aussi, en tant qu’organisme déclaré, d’une possible interpellation. Le distinguo en cette matière entre privé et public mériterait, il est vrai, une définition légale précise et suffisamment claire en même temps que suffisamment restrictive en faveur des auteurs plutôt qu’en faveur des interprètes qui, subodorant que leurs idées passent mieux sous le masque d’une célébrité, se jettent sur elle pour la dépouiller comme les brigands d’autrefois, sous le couvert d’une « forêt profonde », se jetaient sur des passants, s’emparant de biens qui ne devaient rien à leurs capacités et à leur travail.

Il ne s’agit donc pas de dénier à ce monsieur le droit de penser comme d’exprimer cette pensée : mais par un écrit personnel, non en laissant entendre par sa mise en scène qu’Eschyle avait en vue ce qu’il fait apparaître de dévoyé sur la scène de l’Odéon. Car ce qui est ainsi montré se trouve situé aux antipodes de l’esprit de l’œuvre qu’il ne sert pas mais dont il se sert : il faut qu’il en paye le prix ! Si encore il avait indiqué clairement qu’il ne s’agissait que d’une pièce nouvelle écrite de sa main en s’inspirant seulement de l’œuvre du vieux Grec afin d’aller dans une ou des directions opposées à ce que cette œuvre ancienne laisse clairement percevoir, le travail de Monsieur Olivier Py serait parfaitement justifié : mais ce qui est aujourd’hui infligé aux spectateurs sur la scène odéonesque est absolument injustifiable et présente tous les caractères d’une imposture intellectuelle autant qu’idéologique.

Certes, l’on découvrira aisément parmi ces spectateurs quelques personnes toutes prêtes à donner raison au metteur en scène plutôt qu’à Eschyle : il est vrai que l’inculture galope vite aujourd’hui et que, ne sachant pas ce que dit Eschyle dans son Théâtre, on pourra croire l’avoir découvert à l’Odéon. Mais il s’agit ici de défendre un droit inaliénable et personnel, rien d’autre, un droit qui s’oppose, apparemment, à la liberté d’expression, mais il faut enfin que l’on admette que cette liberté s’arrête sur le seuil de l’auteur, se métamorphosant en une nouvelle liberté, la seule possible, celle de servir. (De plus, il convient de respecter la liberté d’Eschyle, qui ne s’éteint pas du fait qu’il soit mort puisqu’il survit en son œuvre. Il ne revient à personne de travestir cette ouvre et de lui faire signifier ce qu’elle ne signifie pas. Certes, aucun auteur ne peut se rendre compte, si son œuvre est vaste, de l’ensemble de ses significations : mais on peut affirmer qu’existe une grande différence entre la découverte d’une variation inconnue mais respectueuse de « l’esprit » de l’auteur, des plus reconnaissable même en ses ombres et secrets.

En vous remerciant d’avoir ainsi témoigné si utilement,

Dominique Daguet

Quel cap? Quel idéal ? Quel avenir ?

Fatigue d’un pays !… Aspiration d’un peuple entier au néant ! À la fusion dans le grand vide d’une culture aseptisée dont les patrons du commerce tiennent les rênes ! Comme si l’on avait déjà vu que les maîtres de forges et les banquiers puissent se poser en créateurs de civilisation ! Comme si déjà nous n’avions jamais eu la preuve que les bouchers et les capitaines d’industries ne savaient faire autre chose que du fric et encore du fric, non pour le meilleur, mais pour et toujours la satisfaction de leur compte bancaire !
II est vrai qu’il faut courir au feu quand il y a incendie. Et ouvrir les dispensaires quand il y a épidémie. Et imaginer des métiers inconnus quand il y a le drame du chômage. Sans pour autant jamais oublier qu’un peuple ne saurait subsister en tant que peuple s’il ne reçoit l’impulsion qui le fait grandir au-dessus de lui-même. S’il ne peut découvrir parmi les siens ceux qui l’expriment. S’il ne voit que tout est fait pour que soit amplifié le génie obscur qui gémit en lui.
À quoi assistons-nous depuis des décennies ? À une médiocre course vers l’abîme, en l’occurrence la démission entre des mains étrangères de notre destinée. Nul autre que le peuple français – et non les publicitaires, d’avance acquis aux détenteurs du pognon – pour découvrir son avenir en français !
Autrefois, les éditeurs ne consultaient pas les registres des banques ni les carnets des marquetteurs – spécialistes en marquettage , dit-on – pour décider des œuvres à publier. Aujourd’hui, une œuvre n’est reconnue livrable à la curiosité du public que si les spécialistes de la mise en vente lui ont donné le label de qualité par excellence : rentable.
De même, les projets d’architecture se devaient d’abord, autrefois, d’exprimer quelque chose de la grandeur de Dieu, de l’homme, de l’Etat, de la Province ou de la Ville qui désirait les réaliser. Aujourd’hui, il faut d’abord que cela soit « fonctionnel », et rapporte des dividendes, si possible en dollars , et soit conforme aux standards internationaux qui permettent de reconnaître les grands cabinets. Autrefois, l’inutile entrait dans la vision : aujourd’hui la vision est soumise – rendue esclave ! – aux exigences de promoteurs qui n’ont qu’un étalon de mesure, le fric. Certes, ce monde n’est pas celui de la gratuité divine, mais tout de même quelle déchéance ! Et quel oubli de ce qu’est en son essence la civilisation !

Y a-t-il entreprise humaine plus noble que gouverner un peuple ? Mais qu’est-ce donc que gouverner ? Grâce au Petit Larousse – n’allons point ici chercher de références qui ne soient accessibles à tous – l’on comprend qu’il s’agit de. diriger. Diriger un véhicule, un bateau, diriger une institution, un chantier, un pays… Toujours revient le sens de maintenir un cap : quel cap est celui qui a été clairement signifié aux Français ? J’entends : quel cap transcendant les problèmes de l’heure, les difficultés circonstancielles… Lui a-t-on promis, à ce peuple saoulé jusqu’à la nausée des petites singeries sorties des ateliers prétendues culturelles des entreprises nord-américaines recensées comme appartenant à l’industrie culturelle , que tout serait fait pour qu’il découvre ou redécouvre la couleur de son âme, le vertige de son esprit, la vastité de son imaginaire, sans oublier la nature originelle de ses ivresses, de ses dégoûts, de ses enthousiasmes, de ses hontes ? De ses espoirs ? De ses rêves, de ses ambitions ?
Des économies, certes il faut en faire, mais jamais aux dépens de l’essentiel : or nous nous apercevons, navrés, que depuis 1970, on lâche sur l’essentiel, cet investissement de civilisation, dont on a oublié qu’il est toujours rentable à long terme http://www.olders.ca/items/generic-cialis-canada.html.
Ainsi pour la langue en quoi le peuple se reconnaît au plus profond : car elle est plus son âme que la terre même qui le porte. Et l’on sait bien qu’il nous faut risquer un peu de monnaie pour empêcher la langue de Wall Street d’effacer cette langue nôtre, qui ne doit rien aux publicitaires mais tout à ses grands créateurs que furent d’un côté les artisans et les marins, les paysans et les ouvriers, les compagnons, les petites gens, et de l’autre les poètes, les romanciers, les gens de théâtre etc..
Nous qui savons ce que l’avenir nous ménagera si nous ne nous mobilisons pas dès aujourd’hui (ce sera notre effacement de l’élite du monde à laquelle nos pères nous avaient permis d’accéder d’abord par la qualité de la langue qu’ils avaient forgée !) nous osons réclamer de ceux qui nous gouvernent qu’ils prennent enfin conscience de l’urgence qu’il y a à prendre des décisions et à consentir aux dépenses indispensables. S’ils ne le font pas, ils seront coupables devant l’histoire de la fin de ce que et qui fut la France.
Mais comment la France pourrait-elle assumer un rôle conforme à ce qu’elle a été, gémissent ces comptables ? Ce ne sera certes pas en se lançant dans des aventures semblables à celles du passé : guerrières, impériales, ou coloniales. Ce ne sera pas en dominant la scène banquière, qu’il conviendrait de « moraliser » avec plus de détermination. Mais ce pourrait être en osant s’inventer à nouveau. En osant aller plus loin que les modes, par définition éphémères.
La culture, ce que l’on nomme la culture, est un mot stupide. Mais ce qui se cache derrière est devenu notre essentiel. Non pas ce qu’entendait le comique de Blois et dont le président François Mitterand fit pendant une décade le dictateur de nos arts et lettres. Pour lui, même un gribouillis grotesque sur un mur de pissotière était objet de culture (devenait « culte » ! On a les cultes que l’on mérite), confondant ainsi objet d’étude et manifestation créatrice. Il est vrai que pour lui toute manifestation était d’emblée qualifiée de créatrice, le moindre pet de danseur, pourvu qu’il fut aromatisé d’indécence, ce qui était bien tout confondre.
Il n’entre pas dans mon propos de définir ce mot de création : même si l’on comprend que j’y inclus le plus exigeant qui soit, le plus élevé, le plus inaccessible, qui retombe toujours en pluie bienfaisante sur les niveaux intermédiaires.
Mais à quoi bon l’effort si le peuple est de toute façon destiné à disparaître ? Coupables, infiniment coupables les dirigeants qui prennent leur partie de l’effacement démographique français. Gouverner alors devient un contre-sens, et un crime. Un crime contre le pays même que l’on a l’audace de diriger. Il ne peut y avoir, en ces matières, de demi-mots pas plus qu’il ne peut y avoir de demi-mesures. La France, Messieurs les politiques, est en train, non pas de vieillir, mais d’agoniser.
Qu’est-ce qui est entrepris pour que les Français en prennent conscience ? Il s’agit ici de bien autre chose que de la difficulté qu’il y aura demain à payer les retraites. Nous touchons ici à l’être même du pays, de son peuple : « notre peuple », au sein duquel vivent nos enfants.
Qu’est-ce donc que l’on a décidé pour enrayer l’effrayante avancée, non pas de notre déclin, mais de notre disparition ? Quel programme d’information et d’enseignement a-t-on mis au point pour qu’enfin les Français soient désaveuglés ? Puisqu’on les a aveuglés si longtemps, par l’entremise d’une intelligentsia catastrophile, qui cultivait avec une allégresse déconcertante le non-sens et le désespoir ?
Qui a-t-on chargé de faire revivre l’espérance dans les cœurs des enfants de France ? Quelles œuvres se promet-on de leur faire entendre ou admirer ? Quelles architectures va-t-on enfin leur montrer qui ne soient pas que des re-moutures de grands magasins style Opéra-Bastille ? Quelles musiques va-t-on leur donner à chanter et danser, qui ne soient pas que lancinants vertiges inspirés des désastres de la drogue ou de l’hyper-technique, à moins qu’il ne s’agisse de l’hyper-envoûtement ou de trépidation hypnotique ?
Dominique Daguet

Francophonie : Appel de Lyon

09 juin 2010

APPEL DE LYON

Recommandations des Dixièmes Entretiens de la Francophonie

L’Appel de Lyon a été lancé à l’issue des Dixièmes Entretiens de la Francophonie qui se sont déroulés à Lyon les 27 et 28 mai dernier à l’occasion du dixième anniversaire de la création, par Michel Guillou et l’Université de Lyon3 Jean Moulin, avec l’aide des autorités communales et régionales, de l’Institut pour l’Etude de la Francophonie et de la Mondialisation.
Cet appel solennel et vigoureux, lancé en présence de quelque 300 personnalités françaises, québécoises, belges, maghrébines, africaines, vietnamiennes, etc. présentes (dont le Président Abdou Diouf, le Sherpa Jean-Pierre Raffarin, le Sénateur Jacques Legendre, le Président de la Région Rhône-Alpes, MM. Philippe Péjo, Christian Philip, Claude Hagège, Jean-Louis Roy, Christian Valantin, Samir Marzouki, Jean Tabi Manga, Jean Tardif…), dans la conscience dramatique d’un tournant et de la nécessité d’un sursaut puissant, est adressé aux gouvernants, élites et médias de la France et des pays francophones, ainsi qu’aux responsables de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie). Albert Salon, docteur d’Etat ès lettres, ancien Ambassadeur, président d’ « Avenir de la langue française » et du FFI-France.

Organisés par la Chaire Senghor de la Francophonie de Lyon les 27 et 28 mai 2010 à l’occasion de son dixième anniversaire et de celui de l’Institut pour l’Etude de la Francophonie et de la Mondialisation (IFRAMOND), en présence à l’ouverture des travaux du Président Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie, et en clôture de l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin, Représentant personnel du Président de la République
française auprès de la Francophonie, les Dixièmes Entretiens de la Francophonie ont débattu de la place de la Francophonie et de la langue française dans la mondialisation.
Les quelque 400 participants qu’ils ont réunis, issus du monde politique, de la Francophonie institutionnelle, de la société civile et de l’université venant de toutes les régions francophones, lancent un appel solennel à la Francophonie et à la France pour une francophonie en mouvement et une langue française réhabilitée.
De nouvelles problématiques ont surgi : la mondialisation culturelle, les chocs identitaires et religieux, le défi écologique, l’uniformisation linguistique et culturelle, l’émergence de géants économiques incontournables, l’inégalité et la crise financière mondiale.
Un monde équilibré doit être multipolaire, non seulement sur les plans politique et économique, mais également sur le plan culturel, et ainsi réussir le dialogue des cultures. Les Dixièmes Entretiens mettent en exergue que la Francophonie, comme les autres grandes aires linguistiques, peut fortement y contribuer du fait qu’elle partage une grande langue internationale, présente sur les cinq continents.
La Francophonie du 21ème siècle est donc bien plus qu’un laboratoire de la mondialisation humaniste, en raison des valeurs qu’elle promeut, des biens communs qu’elle défend. Elle se doit de promouvoir le dialogue interculturel mondialisé pour la paix et contre le repli identitaire. C’est une union géoculturelle, une puissance d’influence, forte de sa double dimension politique et de solidarité et des valeurs de son universalisme.
1 – Les Dixièmes Entretiens veulent attirer l’attention sur la langue française.

C’est la grande oubliée de la francophonie institutionnelle. Pour répondre à la forte demande de français dans le monde, la formation des enseignants de français et en français ne peut être différée : c’est une question de vie ou de mort pour la Francophonie. Il faut, par ailleurs, associer la langue française aux langues maternelles dans des pédagogies convergentes.
Voulons-nous faire du français une langue morte comme le latin ou le grec ancien ? Non, naturellement cialis online india. C’est pourquoi la Francophonie doit favoriser les classes bilingues et les universités francophones multilingues pour transmettre les valeurs que véhicule la langue française : une méthode, une rigueur, un raisonnement. Des garanties seraient ainsi données aux étudiants pour leur insertion professionnelle, compte tenu qu’ils seraient plurilingues.

2 – La Francophonie a besoin d’ambition : l’appel de Lyon est un appel aux États.

Après son combat victorieux pour la diversité culturelle, la Francophonie doit prendre l’initiative pour l’adoption d’une convention sur la promotion et la protection des langues. Le pluralisme linguistique est le garant du respect des identités nationales.

Les dixièmes entretiens remarquent qu’un modèle unique, une langue unique sont aujourd’hui dépassés du fait de l’émergence de nouvelles puissances, telles la Chine, le Brésil et le Mexique.

3 – L’appel de Lyon, c’est un appel au second moteur de la francophonie : la coopération décentralisée.

Les États généraux de la coopération décentralisée francophone qui se tiendront à Lyon en octobre prochain à l’invitation de l’Association internationale des Maires francophones (AIMF) et de l’Association internationale des régions francophones (AIRF) dresseront un bilan, recenseront les besoins, mutualiseront les réponses et construiront les complémentarités avec les programmes de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et de ses opérateurs directs.

Ensemble, États et collectivités décentralisées doivent relever les défis urgents comme l’enseignement du français, la constitution d’un corps de volontaires de la Francophonie, la formation à distance des professeurs de et en français et la mise en place d’un outil francophone d’appui aux industries culturelles.

4 – L’appel de Lyon, c’est un appel à la France et à ses élites pour mettre un terme à la promotion du « tout anglais  » en France et à l’abandon du français dans le monde.

En France, la Francophonie est une priorité oubliée. L’élite la voit, non comme une opportunité, mais comme un obstacle.

L’une des conséquences serait que l’Université française se trouverait tributaire des normes scientifiques prévalant aux États-Unis.

Dans ces conditions, les dixièmes entretiens de la Francophonie demandent solennellement au président de la République française que la France renforce la loi Toubon, afin d’affirmer définitivement la primauté du français sur l’anglais sur le territoire national, notamment dans le monde du travail, de l’enseignement et de la recherche, pour rendre obligatoire le recours au trilinguisme et non au bilinguisme anglais/français quand la seule langue française n’est pas jugée suffisante, pour imposer l’enseignement à égalité de 2 langues étrangères à tous les niveaux de l’enseignement du primaire au supérieur, pour obliger nos diplomates à s’exprimer en français dans les enceintes internationales quand le français y est langue officielle ou langue de travail. Jamais les organisations internationales n’ont eu autant de dirigeants francophones ou français, jamais on y a aussi peu travaillé en français.


5 – Les dixièmes entretiens recommandent.

- à l’instar de l’IHEDN en France, la création d’un Institut des hautes études francophones qui permettrait de familiariser l’élite aux défis de la mondialisation et à l’intérêt de la Francophonie tout en renforçant le sentiment d’appartenance à la communauté francophone;

- le développement du réseau des Chaires Senghor de la Francophonie, plateformes de formation et de recherche sur la Francophonie;

- à l’instar de l’Union européenne (UE) la multiplication des Maisons de la Francophonie qui favorisent une meilleure connaissance du monde francophone;

- à l’instar de l’UE qui a construit l’espace Schengen, la mise en place d’un espace francophone dont l’accès serait facilité par l’adoption d’un passeport francophone ou d’un « francopasse  » qui s’impose de façon urgente;

- à l’instar de ce qui existe en matière universitaire avec l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), la fondation d’une Agence francophone de l’éducation pour la coopération éducative;

- la mise en place d’un Erasmus francophone et, dans les pays où le français n’est pas langue d’enseignement, de cursus intégrés allant de classes bilingues au primaire à des universités francophones régionales multilingues débouchant sur l’emploi;

- le renforcement de l’espace médiatique francophone pour faire connaître la Francophonie aux populations;

- la généralisation du programme IFADEM pour la formation des maîtres et de celui des volontaires de la Francophonie pour impliquer la jeunesse.

6 – Au niveau financier, les dixièmes entretiens lancent un appel aux États pour accroître les moyens en faisant remarquer que la Francophonie étant internationale, par essence même, ses financements doivent l’être également.

Il n’est pas sain pour une organisation internationale de dépendre autant d’un seul État bailleur.

Nous devons tous nous mobiliser dans ce combat
pour la langue française et la Francophonie du 21e siècle.

Franciser est rigolo

Rétif, toujours !

Nous savons tous que « point de contrôle » est une expression française très ancienne et qui ne veut donc plus rien dire aujourd’hui : Sylvaine Pasquier, envoyée spéciale de L’Express en Bosnie, le sait aussi bien que nous et elle a de ce fait bien raison de nous désigner constamment les check-points de l’armée bosniaque. Il se trouve hélas, trois fois hélas, que je ne parle ni le bosniaque ni l’allemand, pas davantage le russe ou l’ espagnol, le chinois et à peine à peine l’anglais – serait-ce un vocable d’outre-Atlantique ? –, si peu, si peu !…et que j’ai un doute sur le sens exact de check-point : qui certainement ne donne pas droit à un point valant un chèque! Lire la suite Franciser est rigolo…

La France ne peut continuer dans cette voie

Urgence : médecin attendu au chevet du malade

La France va mal, les Français sont moroses, perdent l’appétit, n’osent plus se regarder dans leur miroir et quand un étranger leur fait compliment sur eux, leur pays ou leur langue, ils s’étonnent, s’inquiètent de sa santé mentale… Les enseignants, auxquels nous ne pouvons faire autrement que de confier nos enfants, semblent atteints du même découragement : car tout accès de fierté française est aussitôt pris pour symptôme de l’affreux amalgame nationalo-philosophique qui caractérisaient les demeurés mentaux adeptes du nazisme. D’où le rejet même du plus innocent des patriotismes parce que le plus naturel. Lire la suite La France ne peut continuer dans cette voie…

Notes sur Orthographe et langue française

A propos du Zéro faute de François de Closets

« L’argument de François de Closets sur les treize graphies du son “o” est aberrant,. L’écrit sert à préciser l’oral. Si l’on écrivait “o” partout, on ne comprendrait plus rien, les textes ressembleraient à un sketch de Raymond Devos. »

Agnès Joste
professeur de lettres

L’ami Guy – l’un des plus fidèles des lecteurs des Cahiers Bleus – me téléphone en étouffant de rage contre François de Closets (ce journaliste ne fait pas partie, de près ou de loin, de mon petit royaume) : à propos d’un ouvrage où il prétend doctoralement « qu’il faut simplifier l’orthographe » ! Titre impensable : Zéro faute ! Ce n’est pas l’idée d’une petite dose de simplification qui me gêne, c’est le fait qu’en France les réformateurs ont toujours tendance à vouloir plutôt le chamboulement, à couper les têtes, fût-elle celle du roi… Et la simplification prônée par Zéro faute (titre stupide) ressemble plus à une dévastation qu’à un toilettage raisonné. Lire la suite Notes sur Orthographe et langue française…

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